Lors d’une récente intervention, la directrice de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Lamiaa Ghouati, a réitéré l’engagement de l’institution en faveur d’une recherche agricole plus inclusive, participative et sensible au genre. Pour Mme Ghouati, cette dimension est un levier fondamental pour garantir l’efficacité et l’impact réel des travaux de recherche.

La directrice a insisté sur la nécessité de mieux représenter les agricultrices dans les données collectées, de les impliquer dès la définition des priorités de recherche et de renforcer leur rôle dans les processus de décision et d’innovation. Elle a souligné qu’il était crucial de dépasser le simple stade statistique pour documenter précisément la contribution des femmes au travail agricole, leur accès aux ressources et technologies, leur participation aux chaînes de valeur, ainsi que leur capacité de décision et les bénéfices qu’elles tirent des innovations.

Dans cette perspective, Mme Ghouati a appelé à passer d’une logique de « recherche pour les femmes » à une approche de « recherche avec les femmes ». Cette démarche implique d’intégrer les agricultrices à chaque étape du cycle de l’innovation : identification des besoins, conception, expérimentation, adaptation, validation, diffusion et évaluation des impacts.

Cette vision revêt une importance particulière dans le cadre de l’agriculture de conservation. L’objectif de la stratégie « Génération Green 2020-2030 » d’atteindre un million d’hectares cultivés en agriculture de conservation au Maroc constitue un levier majeur pour transformer le monde rural et améliorer les conditions de vie des populations, hommes et femmes confondus. Le passage d’un modèle traditionnel de labour à un modèle basé sur le semis direct pourrait améliorer significativement le bien-être des agricultrices et des jeunes ruraux dans les principaux bassins agricoles du pays, tout en réduisant la pénibilité du travail, en offrant un gain de temps aux femmes et en favorisant la diversification des activités.

Le Centre international de recherche agricole dans les zones arides (ICARDA) demeure un partenaire stratégique de l’INRA pour accompagner cette transition. Leur coopération porte notamment sur l’agriculture de conservation, le semis direct, la diversification des cultures, la gestion durable des sols et l’adaptation au changement climatique. Ce partenariat vise également à renforcer les capacités et à diffuser les innovations auprès des agriculteurs, avec une attention particulière pour les femmes et les jeunes.

Le projet « MountainHER », coordonné par l’INRA et clôturé en 2025, illustre parfaitement cette approche. Ayant impliqué plus de 300 agriculteurs, majoritairement des femmes, dans six pays méditerranéens, ce projet a combiné recherche agronomique, agroécologie, valorisation des ressources locales et accès aux marchés. Une attention particulière a été portée aux coopératives féminines pour favoriser leur autonomie économique.

L’INRA s’inscrit ainsi dans une continuité d’actions dédiées aux femmes rurales, à l’entrepreneuriat féminin et aux chaînes de valeur. L’institut accompagne activement les coopératives de plantes aromatiques et médicinales, les productrices de safran et les jeunes agricultrices. À terme, l’objectif de l’INRA est de faire de l’approche genre une composante transversale de la qualité de la recherche, en s’appuyant sur des données sexuées et une analyse fine des impacts des innovations pour bâtir, aux côtés des femmes, une agriculture d’avenir performante, résiliente et durable.